Solutions

Dépistage de la violence sexuelle faites aux enfants

Un programme pilote de dépistage pour répondre aux besoins non satisfaits d'orientation vers services d'intervention des enfants qui subissent des violences sexuelles.

Ce programme est mis en œuvre par Population Council|Africhild Centre
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Points clés

Le fait de faciliter la reconnaissance et le signalement des cas de violence sexuelle sur enfant contribue à assurer une intervention plus immédiate, et à terme de renforcer la prévention. Ces efforts se traduisent par des séances de formation avec des participants.es enfants et adultes sur la reconnaissance, le signalement et l’accès aux services de soutien en matière de violence sexuelle, l'examen des enfants susceptibles d’avoir été victimes de telles agressions et la vérification des mécanismes de signalement pour s’assurer qu’ils sont accessibles, sûrs et adaptés aux enfants.

Efficacité de ce type d’intervention

Nécessite plus de preuves

Stratégie INSPIRE

Services de lutte et d’appui

Type de données probantes

Étude à méthodes mixtes

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Contexte

L'enquête kenyane sur la violence faite aux enfants et des jeunes de 2019 indique que 16 % des filles et jeunes femmes et 6 % des garçons et jeunes hommes âgés de 18 à 24 ans ont subi des violences sexuelles avant l'âge de 18 ans. Pour une fille sur cinq, la première expérience de violence sexuelle est survenue avant l'âge de 13 ans. Parmi les adolescentes âgées de 13 à 17 ans, 13,5 % ont déclaré avoir subi des violences sexuelles au cours de l'année écoulée.  De plus, seulement 41 % des filles et 27 % des garçons qui subissent des violences sexuelles pendant l'enfance en parlent à quelqu'un, et le recours aux services reste également très faible. Même si 41 % des filles savaient où chercher de l'aide, seulement 11 % ont reçu des services. 53,6 % des femmes qui n'ont pas cherché de services en réponse à la violence sexuelle ont indiqué que la raison la plus courante était qu'elles ne pensaient pas que c'était un problème. 

Bien que la prévalence de la violence sexuelle à l'encontre des filles et des garçons au Kenya ait considérablement diminué au cours de la dernière décennie [1], les niveaux de divulgation et de recours aux services pour la violence sexuelle n'ont pas changé [2].

Population Council a développé un programme pilote de dépistage pour répondre aux besoins non satisfaits d'orienter les enfants qui subissent des violences sexuelles vers des services d'intervention, en s'appuyant sur des approches de dépistage jugées très acceptables parmi les femmes au Kenya [3, 4]. Le modèle s'est appuyé sur des travaux antérieurs de Population Council qui indiquaient que les approches de dépistage doivent : (1) être sensibles à la victimisation continue potentielle chez les enfants, (2) impliquer les parents dans la compréhension de l'impact de la violence sexuelle et de comment soutenir les enfants survivant·e·s, (3) ne pas dépendre des enseignant·e·s pour dépister la violence sexuelle [5].

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À propos du programme

Présentation et mode de fonctionnement

Le programme, conçu et mis en œuvre par le Population Council en collaboration avec le Kenyatta National Hospital (KNH) et deux écoles primaires publiques, a évalué la faisabilité du dépistage de la violence sexuelle chez les enfants en milieu scolaire et de soins de santé, et de leur mise en relation avec des services d'intervention appropriés. Des psychologues formé·e·s ont administré un outil de dépistage afin d'évaluer les expériences de violence sexuelle des enfants de janvier à avril 2017 dans les deux écoles publiques et au KNH. Ont participé 456 enfants âgés de 10 à 17 ans dans les deux écoles et 41 en milieu hospitalier [6]. 

Les composantes de l'intervention en milieu scolaire comprenaient :

  • Dialogues avec les parents. Pour obtenir l'adhésion, les parents des enfants des classes de la 6ème à la 4ème ont participé à des sessions guidées avec des exercices dynamiques pour stimuler les conversations sur la violence sexuelle faites aux enfants, son impact, et les obstacles à la divulgation et à la réception des services.
  • Sensibilisation des élèves. Des psychologues ont fourni des informations sur ce qui constitue la violence sexuelle et sur les efforts visant à rendre les services plus accessibles aux élèves lors de quatre assemblées hebdomadaires régulières.
  • Formation des prestataires de soins de santé. Les prestataires en milieu scolaire ont appris à administrer l'outil de dépistage adapté aux enfants et à réagir face aux enfants survivant·e·s.
  • Dépistage de la violence sexuelle associé à la prestation de services de violence sexuelle. Des psychologues ont administré un dépistage confidentiel de la violence sexuelle auprès des enfants qui étaient d'accord et dont les parents avaient donné la permission dans les classes de la 6ème à la 4ème. Les enfants pouvaient divulguer verbalement, par écrit (« oui » ou « non ») ou en utilisant des poupées pour décrire leurs expériences. Les enfants qui ont signalé des violences sexuelles ont reçu des conseils en milieu scolaire et/ou une référence accompagnée pour des soins complets, selon la gravité du cas. 

L'intervention hospitalière comprenait :

  • Une formation des prestataires de soins de santé. Les prestataires du service des urgences ont appris à administrer l'outil de dépistage adapté aux enfants et à réagir face aux enfants survivant·e·s.
  • Dépistage de la violence sexuelle administré par un·e psychologue au service des urgences.
  • Conseil immédiat par des psychologues et références accompagnées au centre hospitalier unique pour des soins complets, selon la gravité du cas.
Évaluation

L'intervention a été évaluée à l'aide d'une étude à méthodes mixtes. Les données quantitatives ont été collectées principalement via l'outil de dépistage, telles que le nombre d'enfants divulguant des expériences de violence sexuelle, les types de violence sexuelle divulguées, les auteur·es des violences, et le nombre d'enfants survivante·s intéressé·e·s par la réception d'aide, ainsi que les permissions parentales et les informations d'assentiment des enfants. Les données qualitatives ont été enregistrées avec des notes de terrain lors des interactions avec les enfants survivant·e·s et les parents, des entretiens de groupe avec les prestataires qui ont soutenu l'intervention, et des entretiens individuels semi-structurés avec les administrateur·rice·s scolaires et les enseignant·e·s [6]. 

L'évaluation indique que l'intervention était faisable sur la base des dimensions d'« acceptabilité » et de « demande » parmi les adultes et les enfants participant·e·s en milieu scolaire et dans les établissements de santé [6].

Dépistage en milieu scolaire :

  • Il y a eu une grande satisfaction à l'égard de l'intervention de dépistage parmi les enfants, les parents, et le personnel scolaire. Les parents des écoles non participantes ont assisté aux dialogues parentaux et ont demandé le dépistage pour leurs écoles, tandis que les parents des classes non participantes ont demandé qu'il soit proposé à tou·te·s les enfants.
  • Les parents participant aux dialogues ont demandé des conseils parce qu'ils soupçonnaient que leurs enfants avaient subi des violences sexuelles.
  • Les parents et le personnel scolaire ont exprimé leur intérêt ou leur intention d'utiliser l'intervention de dépistage. Le personnel scolaire a demandé d'étendre l'outil à d'autres lieux et groupes d'âge.  Le personnel scolaire a estimé que l'intervention avait renforcé la confiance des élèves dans leur travail scolaire et amélioré leur communication avec les enseignant·e·s.

De plus :

61 % des parents

ont autorisé leurs enfants à participer au dépistage d'exposition à la violence sexuelle

96 % des enfants

étaient disposés à participer au dépistage de la violence sexuelle

49 % des enfants dépisté·e·s

ont indiqué avoir déjà subi une forme de violence sexuelle

75 % des enfants

qui ont divulgué avoir subi des violences sexuelles ont reçu des soins grâce à cette intervention.

Dépistage en milieu hospitalier :

  • Tou·te·s les parents ont donné leur permission, et tou·te·s les enfants ont accepté de participer au dépistage.
  • Un·e enfant sur dix a indiqué avoir subi des violences sexuelles, et tou·te·s celles et ceux-là ont reçu des services.
  • Le personnel hospitalier a estimé que le dépistage devrait être étendu à d'autres services hospitaliers et au secteur de l'éducation.
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Impact sur le terrain

Cette évaluation montre que le dépistage universel dans les écoles et les hôpitaux peut être une approche réaliste pour orienter les enfants ayant vécu des expériences de violence sexuelle à des services essentiels de guérison et de justice. Bien que des recherches supplémentaires soient nécessaires pour déterminer l'efficacité de l'outil dans l'amélioration des résultats chez les enfants, les constatations suggèrent que le dépistage de la violence sexuelle faites aux enfants est prometteur pour étendre l'accès des enfants aux services. 

Les réponses positives lors des dialogues parentaux indiquent que l'identification des enfants victimes de violence sexuelle et l'accès aux services sont des besoins non satisfaits dans les communautés participantes. 

La mise en œuvre dans les écoles semble avoir eu un impact sur la communauté au sens large, incitant les enfants, les parents et le personnel à partager des informations et à orienter d'autres personnes vers services de réponse à la violence sexuelle.

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Défis et leçons apprises

Défis : 

  • L'étude n'a pas recueilli d'informations auprès de près de 2 personnes en charge d'enfants sur 5 qui n'ont pas consenti à la participation de leurs enfants. Cela représente un groupe important pour lequel l'intervention pourrait ne pas avoir été acceptable [6].
  • Les contraintes de temps du personnel scolaire ont posé des défis modestes pour la mise en œuvre [6].
  • Alors que la plupart des enfants qui ont signalé des violences sexuelles dans cette étude ont eu accès aux services de santé, l'intervention ne fournit pas d'informations concernant le suivi judiciaire ou les procédures judiciaires liées aux cas pertinents [7].

Leçons apprises : 

  • Les enseignant·e·s ont estimé que les psychologues ou les conseiller·ère·s étaient mieux placé·e·s pour mener l'intervention de dépistage, car les enseignant·e·s étaient confronté·e·s à des contraintes de temps et de capacité [6].
  • Les « Journées des Pères », qui comprenaient une réunion traditionnelle autour d'un « repas de chèvre », ont réussi à encourager la participation des hommes après que les premières sessions aient été principalement suivies par des femmes [6].
  • Les résultats suggèrent que l'outil pourrait être adapté à d'autres contextes et à différentes catégories d'enfants, tels que les enfants non accompagné·e·s [7].
  • Des résultats plus récents du contexte humanitaire en Ouganda démontrent l'adaptabilité du modèle à différents milieux et catégories d'enfants, associés à des indications encore plus fortes de faisabilité et d'informations sur l'efficacité de l'intervention [8].
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Sources and contact

[1] Annor, F. B., Chiang, L. F., Oluoch, P. R., Mang'oli, V., Mogaka, M., et al. (2022). Changes in prevalence of violence and risk factors for violence and HIV among children and young people in Kenya: a comparison of the 2010 and 2019 Kenya Violence Against Children and Youth SurveysThe Lancet. Global health, 10(1), e124–e133. https://doi.org/10.1016/S2214-109X(21)00457-5+Annor 2022

[2] Ministry of Labour and Social Protection of Kenya, Department of Children’s Services. Violence against Children in Kenya: Findings from a National Survey, 2019. Nairobi, Kenya: 2019.

[3] Undie, C.-C., Maternowska, C., Mak'anyengo, M., & Askew, I. (2013). Feasibility of routine screening for intimate partner violence in public health care settings in Kenya (Final report). Population Council.

[4] Undie, C.-C., Maternowska, M. C., Mak’anyengo, M., & Askew, I. (2014). Is Routine Screening for Intimate Partner Violence Feasible in Public Health Care Settings in Kenya? Journal of Interpersonal Violence, 31(2), 282-301. https://doi.org/10.1177/0886260514555724 (Original work published 2016)

[5] Population Council. (2016). The Africa Regional SGBV Network Learning Brief Series: Learning updates from Kenya (Brief No. 4). Population Council.

[6] Undie, C.-C., & Mak'anyengo, M. (2020). Asking and telling: An assessment of the feasibility of screening children for sexual violence in Kenyan school and health facility contexts. Population Council. DOI:10.31899/rh13.1032

[7] Undie, C.-C., and Mak'anyengo, M. (2022) If we Ask, Will they Tell? (and Then, What?): Screening for Sexual Violence against Children in KenyaChild Abuse Rev., 31, 11–26. https://doi.org/10.1002/car.2680

[8] Nur, A., Seruwagi, G., Odwe, G., Kisaakye, P., Muthuri, S., et al. (2025). Asking and telling in humanitarian contexts: A feasibility assessment of para-social worker-led screening for sexual violence against children in Uganda. Population Council Inc., Population Council Kenya, and the African Population and Health Research Center.

Remerciements particuliers à Chi-Chi Undie, Directrice de la recherche, Baobab Research Programme Consortium, Population Council, pour avoir co-développé cette étude de cas.

Pour plus d’informations sur l’étude de cas au Kenya, veuillez contacter Chi-Chi Undie à [email protected]. Pour des informations concernant l’adaptation et la mise en œuvre en Ouganda, veuillez contacter Lydia Wasula à [email protected].

Dernière mise à jour: 21 janvier 2026